Journal du temps de l’épidémie (35)

Lundi 4 mai, J-7 avant le déconfinement

Je retrouve avec plaisir, ce lundi matin, mes habitudes de recueil des informations, que je laisse quelque peu tomber le week-end, repos dominical oblige.

La réouverture des écoles continue de susciter un vif débat. Trois-cent-seize maires de la région Île de France demandent, dans une tribune rendue publique, que soit reportée la date de réouverture des écoles. Ils estiment que leur responsabilité, tant sur le plan moral que juridique, est trop lourde puisque finalement l’exécutif leur laisse le choix, dont ils se passeraient bien, d’ouvrir ou pas les écoles de leurs communes. Les sénateurs, devant qui le Premier ministre doit parler cet après-midi pour demander la prolongation de deux mois de l’état d’urgence sanitaire, semblent prêts à plaider leur cause sur le plan de la responsabilité juridique. Ce doit être bien difficile d’être maire en ce moment ! En fait être maire d’une petite commune un véritable sacerdoce permanent, ce qui explique la chute des vocations.

Un mot sur cette tant redoutée responsabilité pénale des maires : elle sera certainement recherchée ; mais, pour qu’elle soit retenue, il faudra qu’une faute puisse leur être imputée : « responsables mais pas coupables », comme au bon vieux temps du sang contaminé. Le Premier ministre rappelle l’esprit de la « loi Fauchon » du 10 juillet 2000 sur la définition des délits non intentionnels.

Des masques chirurgicaux seront disponibles dès aujourd’hui dans les magasins de la grande distribution. Là encore la polémique est vive sur ce sujet sensible. Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, s’indigne de cette vente au grand public de masques chirurgicaux alors que les professionnels de santé en manquent cruellement. Il nous explique que les besoins quotidiens rien que pour les soignants sont de 25 millions de masques (ce chiffre me semble considérable). On comprend aisément que les stocks disponibles au moment où la crise a débuté ne permettaient pas de couvrir plus de cinq jours d’activité sanitaire.

En définitive cette pénurie de masques aura été une véritable croix à porter pour l’exécutif, qui aura probablement du mal à faire oublier cette carence, et sa désastreuse communication sur ce sujet.

L’Italie commence son déconfinement, et espère relancer son économie moribonde. Je rappelle que les écoles italiennes resteront fermées jusqu’en septembre.

L’Élysée annonce qu’il n’y aura pas de mesures de quarantaine à l’entrée en France pour «  toute personne, quelle que soit sa nationalité, en provenance de l'Union européenne, de la zone Schengen ou du Royaume-Uni. »

Notre fils aîné, F., qui vit à Londres depuis des années, est concerné par cette dispense. Il espère pouvoir venir passer trois semaines de vacances dans le Midi chez sa mère, comme il le fait tous les ans.

Le ministre de la Santé se plaint du comportement des Français qui ne respectent plus aussi bien le confinement que les semaines précédentes. Il faut dire que cela commence à être vraiment long pour tous ceux qui sont confinés dans des conditions difficiles. Des pays comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni ont mis en place un confinement moins drastique, et donc probablement plus facile à respecter.

Le point définitif sera fait le 7 mai au soir, et l’on saura si la date du 11 mai est maintenue. Si elle l’est, la carte de France ne comportera plus que des départements verts ou rouges. En attendant, les deux pastilles orange du Gers et de la Mayenne, qui faisaient tache au milieu des départements verts, ont été repeintes dans la bonne couleur, celle de leurs voisins.

Je remarque, en regardant cette carte des départements qui n’est pas définitive, qu’elle recoupe de manière presque parfaite celle des régions. En définitive, le déconfinement sera donc dans les faits bien différencié par régions, dans l’esprit de Montesquieu, contrairement à l’option nationale choisie par le Président, dans l’esprit jacobin de Rousseau.

Et maintenant les chiffres nationaux du jour : 24 895 décès, dont 135 les 24 dernières heures. Le nombre de patients encore hospitalisés en Réanimation est de 3819. Dans le même temps, le nombre de patients sortis guéris des hôpitaux est de 50784. Les statistiques pour notre hôpital sont stables, avec toujours le même nombre de patients Covid + hospitalisés, dont aucun en Réanimation.

Le bulletin du CNOM (Conseil national de l’Ordre des médecins) indique une baisse d’activité de 40% chez les généralistes libéraux, et de 50% pour les spécialistes. Localement, je constate un léger frémissement, avec quelques patients en consultation ce matin, dont certains à opérer ces prochains jours.

Les Carnets de la drôle de guerre se penchent sur la question de la légitimité de la désobéissance civile en période d’urgence sanitaire. Catherine Portevin a posé la question à deux philosophes, Frédéric Gros et Pierre-Henri Tavoillot. Le premier est professeur de pensée politique à Sciences-Po, le second est maître de conférences en philosophie à la Sorbonne, président du Collège de philosophie.

Une petite précision sémantique liminaire me semble nécessaire avant de prendre connaissance des arguments des deux débatteurs. L’expression anglaise civil disobedience introduite au XIXème siècle par le philosophe américain Henry David Thoreau est habituellement traduite par désobéissance « civile », dans le sens popularisé par Gandhi de « non-violente », mais de plus en plus souvent par désobéissance « civique ». Les deux adjectifs sont donc admis, bien qu’ils n’aient pas la même signification.

Frédéric Gros répond par l’affirmative à la question posée, Pierre-Henri Tavoillot par la négative.

Arguments de Frédéric Gros : si nous ne pouvons pas désobéir, nous risquons de devenir des automates, comme le disait Thoreau. Le respect des mesures prises pendant le confinement et le déconfinement relève du civisme élémentaire. Mais « en conclure que toute désobéissance serait injustifiable paraît cependant disproportionné et dangereux. »  En effet « l’état d’urgence sanitaire ne doit pas devenir un levier pour culpabiliser toute forme de contestation en la jugeant irresponsable. »

Frédéric Gros poursuit : « Certes, on imagine mal comment des actions concertées et concrètes de désobéissance civile (marches de protestation collectives pacifiques) pourraient raisonnablement avoir lieu. Mais la désobéissance politique tient aussi dans la vigilance et le refus d’avaler des couleuvres (création d’un fichier, sans leur consentement, des malades du Covid-19 ou susceptibles de l’être). »

Sur les inégalités face au confinement, il dit ceci : « Pour paraphraser Alain, on est bien obligé d’admettre que, dans certaines situations, le civisme, c’est bon pour les riches. C’est un mythe de croire que les situations de pandémie nous mettraient à égalité. Cette crise, plus qu’aucune autre, creusera les inégalités sociales, jusqu’à un point intolérable. »

Et il conclut : « Désobéir, c’est aussi commencer par cela : dénoncer dans la crise sanitaire le produit d’une histoire et le résultat de choix politiques passés (vision à court terme, diminution constante des moyens des services publics, etc.) qu’il faudra condamner et refuser demain. »

Arguments de Pierre-Henri Tavoillot : pour lui, « la citoyenneté est une obéissance volontaire. Comme le dit Rousseau lui-même : « Un peuple libre obéit mais ne sert pas. Il a des chefs, il n’a pas de maîtres. » Traduisez : c’est parce qu’il obéit aux lois qu’il n’obéit pas aux hommes. » Tavoillot conteste la tendance récente à faire du « désobéisseur » (comme le lanceur d’alerte) « le héros de la citoyenneté, comme si sa liberté se jouait dans la capacité de dire non. » Selon lui il est dangereux de confondre l’obéissance, nécessaire à la vie collective, avec la soumission, qui transforme en esclave un individu ou un peuple.

Sur le « silence des récalcitrants », il poursuit ainsi : « l’immense majorité des Français obéit au confinement tout en ne cessant de critiquer les politiques publiques sur les réseaux sociaux. Certains estiment que la santé ne doit pas devenir la cause suprême du bien commun, qu’elle vaut moins que les liens affectifs ou plus que l’économie. L’espace public continue de jouer son rôle, puisque, par exemple, le gouvernement, sous la pression populaire, a renoncé à confiner davantage les personnes selon un critère d’âge. » Je pense ici à André Comte-Sponville et son récent et très médiatique coup de gueule sur la prolongation du confinement des « vieux », dans le but de les protéger.

Tavoillot conclut ainsi : « La désobéissance est donc un principe superflu, puisque la démocratie offre toutes les procédures pour contester des décisions et faire valoir des arguments opposés. En revanche, nous devrions davantage actionner un autre principe démocratique, essentiel et prévu par la loi en état d’exception : la nécessité, une fois la crise passée, de rendre des comptes sur les politiques menées. Non pas dans l’objectif d’un procès à nos dirigeants mais dans celui d’évaluer sérieusement les mesures prises, leur validité, leur justification, les failles de notre système. Cette évaluation n’a pas été faite pour l’état d’urgence décrété à la suite des attentats terroristes. Il faut réclamer qu’elle ait lieu en temps voulu après la fin de l’état d’urgence sanitaire. Si nous savions pratiquer cette exigence démocratique, cela nous épargnerait cette démagogie de la désobéissance, qui, à mon avis, ne se justifie jamais en soi et peut détruire la vie collective. »

Je rappelle que le Sénat va constituer prochainement une commission d’enquête sur la gestion de la crise sanitaire par l’exécutif.

Sans vouloir trancher sur le fond, je suis plus sensible à l’argumentation développée par Tavoillot, qui me semble mieux construite. Je préfère donc sa forme à celle de son contradicteur. Mais j’ai conscience du danger qu’il y a à privilégier la forme sur le fond. Même bien exposées, de mauvaises idées restent dangereuses. Je dis cela en général, et pas en référence à ce qui vient d’être développé.

Dans l’après-midi Édouard Philippe présente aux sénateurs son plan de déconfinement, et plaide pour une prolongation de deux mois de l’état d’urgence sanitaire, nécessaire pour imposer aux personnes des limitations de circulation. Il sera de fait prolongé jusqu’à au moins le 24 juillet.

Son ton est grave, tranchant avec celui d’Emmanuel Macron, qui se veut plus rassurant, ce qui semble indiquer, aux yeux de certains commentateurs, un début de désaccord politique entre les deux hommes. Ce dernier visitera demain une école à Poissy, ville dont le maire plaide pour la réouverture des écoles. J’apprends que le manuel mis à disposition des directeurs d’écoles pour leur expliquer comment organiser une rentrée scolaire « sanitairement correcte » comporte 54 pages ! On comprend que beaucoup de maires estiment qu’ils manquent de temps pour répondre à de telles exigences. On reconnaît bien là le caractère tatillon de l’administration française.

Le Premier ministre veut manifestement remettre le pays au travail, et parle d’« urgence économique ». Son intervention est donc plus axée sur l’économie que sur l’aspect sanitaire, contrairement à son discours tenu devant les députés.

Un chiffre permet de prendre la mesure de la gravité de la situation : les revenus de 35 millions de Français dépendent actuellement, en totalité ou en partie seulement, de la solidarité nationale, donc des finances publiques.

Je ne résiste pas au plaisir de citer cette jolie formule d’un ministre suisse : « Déconfiner aussi vite que possible, aussi lentement que nécessaire ». Bien vu…


En fin d’intervention, un vote non contraignant intervient. Sans surprise, les sénateurs rejettent le plan gouvernemental (rappelons que le Sénat est majoritairement à droite, donc dans l’opposition).

Une commission d’enquête sénatoriale se réunira en juin pour étudier la façon dont l’exécutif a géré la crise sanitaire. L’opinion, quant à elle, a déjà tranché puisque seulement 39% des Français font confiance au gouvernement, chiffre très inférieur à ce que l’on constate dans la plupart des pays démocratiques.

Sur un ton assez sarcastique, Édouard Philippe dit qu’il a été surpris de prendre connaissance par la presse d’un courrier qui lui était adressé personnellement par l’Union des transporteurs, qui regroupe les grandes entreprises du secteur, essentiellement publiques comme la SNCF ou la RATP. Ce courrier émet des réserves quant à la faisabilité de la mise en œuvre de la distanciation physique dans les transports, notamment le métro, le train et l’avion. La réponse agacée du Premier ministre peut être résumée de la façon suivante : faîtes votre boulot.

Sur le site officiel du gouvernement, un espace est dédié à la rectification des fake news. Réaction sarcastique de plusieurs commentateurs : ce n’est pas au gouvernement de faire le travail de la presse. Ce n’est pas faux. Encore un faux pas dans la communication gouvernementale ?

Revenons à des considérations plus médicales. Le premier cas français pourrait bien avoir été un homme hospitalisé à Bondy fin décembre 2019 pour une pneumonie. Ses prélèvements avaient été conservés : ils se révèlent positifs pour le Covid-19.

On ne sait pas avec certitude si la présence d’anticorps, détectée par les tests sérologiques, permet d’affirmer que la personne est immunisée. Il n’y aura donc pas de « passeport immunitaire » chez nous, alors que les Britanniques vont l’instaurer.

Mardi 6 mai, J – 6

Hier soir M. et moi avons regardé le final du Bureau des Légendes, pour lequel le créateur de la série, Éric Rochant, avait confié les clés au cinéaste Jacques Audiard, avec « droit de vie et de mort sur les personnages ». Nous avons aimé cette fin plus tournée vers la psychologie des personnages que vers l’action sur le terrain, et qui se termine de manière assez dramatique. D’après ce que je lis, cette fin a divisé les internautes fans de la série. Dans l’ensemble, c’est la déception qui semble l’emporter. Pour notre part, nous aurions aimé avoir des réponses aux questions que nous nous sommes posées dans les épisodes précédents sur les rapports ambigus entre les personnages. Fin d’une belle aventure. Cette série me semble tenir largement la comparaison avec ce que le monde anglo-saxon produit de mieux en la matière.

Cette fois ça y est, la barre des 25 000 décès est franchie. Quel sera le bilan définitif, et quand pourrons-nous le tirer ? Nul ne peut répondre à cette question.

La DGS (Direction générale de la santé) communique régulièrement par mail avec les professionnels de santé. Le message du jour concerne les règles d’approvisionnement en masques.

Emmanuel Macron est en visite dans une école de Poissy, comme à l’époque pas si lointaine du grand débat provoqué par la crise des Gilets Jaunes.

D’après un médecin spécialiste de Santé publique, le Dr Martin Blachier, les enfants seraient beaucoup moins vecteurs de l’épidémie qu’on ne l’a cru jusque-là, par analogie avec la grippe. Et ceux qui ont été contaminés l’auraient été par des adultes. Les enfants sont donc peut-être moins en danger à l’école qu’on ne le pense habituellement. Et puis nous allons devoir vivre encore longtemps avec ce virus, de sorte que les mesures-barrières qui vont être prises, notamment dans les écoles, dont probablement appelées à durer. En attendant leur mise en place représente un véritable casse-tête pour les enseignants.

Ce spécialiste de la modélisation nous explique que le bilan d’un déconfinement sans mesures barrières pourrait s’élever à 200 000 décès en France. Il nous dit aussi que la distanciation physique parfaitement respectée en Corée du Sud est la principale raison de la maîtrise de l’épidémie dans ce pays. Il est donc important que nous appliquions sérieusement cette distanciation, notamment dans les transports. Il pense que la fameuse deuxième vague est inéluctable à un moment ou à un autre.

Les Carnets de la drôle de guerre donnent la parole à un philosophe allemand d’origine coréenne, Byung-Chul Han, penseur présenté comme iconoclaste. Sa biographie est assez fascinante : à 22 ans, il quitte la Corée du Sud pour l’Allemagne, dans le but d’y poursuivre des études de métallurgie, qui se transforment secondairement en études de philosophie et de théologie. Il est à ce jour le seul étudiant non allemand à avoir soutenu avec succès une thèse d’État de philosophie en Allemagne et en allemand. Il est actuellement professeur à l’Université des Arts de Berlin. Il a publié plusieurs essais traduits dans le monde entier, y compris en Corée du Sud et en Chine, où ils rencontrent un franc succès. L’auteur (anonyme) de la présentation de ce philosophe nous dit que « sa pensée, qui s’inspire de Martin Heidegger, prend parfois la forme d’une imprécation contre la modernité. Mais elle touche à des points sensibles de notre expérience, comme lorsque Byung-Chul Han dénonce le nouvel idéal néolibéral de la performance qui fait que chacun est mis en demeure de s’auto-exploiter lui-même, au risque de la dépression et du burn-out. »

L’une des thèses fortes de Byung-Chul Han portait sur ce qu’il nomme « la fin de l’ère immunologique ». Depuis la chute du mur de Berlin et la mainmise de la « mondialisation néolibérale » sur nos sociétés, celles-ci ne se définissent plus par rapport à une ennemi extérieur, qui représente la négativité, mais par la recherche d’un excès de positivité qui se traduirait par la surproduction et la surconsommation. Mais aujourd’hui la pandémie de Covid apporte un démenti cinglant à cette hypothèse en nous confrontant au retour d’un ennemi d’un genre nouveau, qui génère une panique probablement excessive évoquant une réaction immunitaire sociale et contre lequel nous menons une guerre inédite.


Les conclusions de ce philosophe peuvent choquer, notamment l’idée que le télétravail pourrait devenir l’équivalent libéral du «  camp de travail » des sociétés totalitaires, Chine en tête de liste. Mais « les questions qu’il pose sur l’avenir de la démocratie et des libertés à l’heure où la Chine prétend disposer, avec son modèle de surveillance généralisée, d’une solution à tous nos problèmes, méritent d’être entendues et débattues. »

Byung-Chul Han évoque en termes forts ce qu’il appelle la société de la survie.

« Le souci de la vie bonne a cédé la place à l’hystérie de la survie. Cette société de la survie est hostile au plaisir. La santé y constitue la valeur fondamentale. L’hystérie qui entoure l’interdiction de fumer relevait déjà, au fond, de l’hystérie de la survie. Notre réaction paniquée face au virus dévoile ce fondement existentiel de notre monde. Pour contrecarrer toute menace à notre survie, nous sommes prêts à sacrifier, volontairement, tout ce qui donne de la valeur à la vie. Ce combat acharné pour la survie s’intensifie, aujourd’hui, à cause du virus. Sans résistance, nous nous soumettons à l’état d’exception. Sans nous questionner, nous acceptons les restrictions des droits fondamentaux. La société entière se métamorphose en un système de quarantaine.

Telle est la variante libérale du camp, dans lequel règne la vie nue. Le camp de travail s’appelle désormais télétravail, et ne se distingue des camps de travail du passé que par l’idéologie de la santé et de la survie qui le soutient. »

Sur la protection des libertés individuelle, il nous déclare ceci : « La protection stricte des données, dans l’Occident libéral, empêche pour le moment la surveillance des individus. En Asie, au contraire, cette conscience critique à l’égard de la surveillance digitale n’existe pas. Puisque la société libérale repose sur l’impossibilité de faire des individus des objets de la surveillance, elle en est réduite, aujourd’hui, à un confinement total – engendrant des conséquences économiques considérables. »

Et il conclut sur le risque que le modèle chinois ne devienne notre norme : « Le choc pandémique menace d’imposer, à l’échelle du monde, une biopolitique digitale renforcée par un système de contrôle et de surveillance de nos corps, une société disciplinaire dans laquelle notre état de santé sera, en permanence, épié. Il n’est pas exclu que nous nous sentions libres au sein de ce régime biopolitique de surveillance. Toutes ces mesures ne serviront-elles pas à protéger notre santé ? La domination s’accomplit lorsqu’elle se confond avec la liberté. L’Occident sera-t-il contraint par le choc pandémique à renoncer à ses principes libéraux ? Sommes-nous menacés par un tel régime biopolitique de quarantaine qui restreindrait durablement nos libertés ? La Chine est-elle l’avenir de l’Europe ? »


Nous voici ramené au fameux Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie, le grand ami de jeunesse de Montaigne.

Et, à propos de Chine, une heure d’émission consacrée aux tensions de plus en plus vives entre la Chine et les pays occidentaux, les États-Unis bien sûr, mais aussi les grands pays européens et même l’Australie. Un seul exemple du langage peu diplomatique qui prévaut actuellement : le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui lui-même ne fait habituellement pas dans la dentelle langagière, est traité par la Chine « d’ennemi de l’humanité ». Bigre…

Les Chinois supportent très mal l’idée d’être stigmatisés pour leur gestion de l’épidémie, et n’accepteront probablement jamais une commission d’enquête internationale, dans la mesure où ils ont déjà rejeté catégoriquement l’idée d’une inspection de l’OMS, institution qui leur est pourtant plus que favorable.

La France envisage de diminuer sa dépendance envers la Chine, notamment dans le secteur du médicament. Mais cela ne sera pas nécessairement simple à faire, tant la Chine est devenue un partenaire essentiel dans les échanges industriels et commerciaux.


Aux États-Unis trente millions d’Américains sont sans emploi, ce qui veut plus ou moins dire sans ressources. Beaucoup d’entre eux ont entamé une grève des loyers, qui n’est pas du tout dans la culture américaine.

En France les entreprises de moins de dix salariés seront exonérées de charges pour les mois de mars, avril et mai, ce qui est nettement plus conforme à notre culture.

La présidente de la région Île de France, Valérie Pécresse, expose de façon assez convaincante ses propositions pour réussir le déconfinement. La plus astucieuse me semble être les horaires décalés d’arrivée au travail et de retour à la maison, pour éviter que les transports en commun ne soient bondés aux heures de pointe.

Elle veut donc tout simplement supprimer les heures de pointe, comme Alphonse Allais proposait de déménager les villes à la campagne, performance que le télétravail arrivera peut-être à réussir un jour prochain. Nous verrons bien si son projet d’horaires décalés est réalisable. Elle-même nous dit circuler à vélo. Bravo Madame la présidente.

Encore un petit couac dans la communication de l’exécutif : Emmanuel Macron annonce les résultats très attendus de l’essai européen Discovery (qui teste quatre traitements différents) pour le 14 mai. Cette date est immédiatement contredite par la responsable française de l’essai, le Pr Mentre. Il n’y a pas encore assez de patients inclus. Et pan sur les doigts du Président…

Et pour finir sur une note optimiste et exotique : le sérum de lama contient un anticorps particulier susceptible d’empêcher le virus de se fixer aux cellules.

Le lama pourrait devenir aussi irréfutable que l’éléphant de Vialatte.


Abbaye de Sénanque

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© Christian Thomsen