Journal du temps de l’épidémie (6)

Samedi 21 mars

C’est aujourd’hui le printemps, ce dont personne ne parle. Il y a manifestement d’autres chats à fouetter… Et dehors il fait un vrai temps de printemps, avec un beau et chaud soleil, qui m’incite à sortir les meubles de jardin, comme je l’avais programmé. Accessoirement, c’est aussi le premier week-end de confinement. Combien d’autres suivront ?

Je me rends compte que M. et moi avons une chance infinie, moi parce que je fais partie des gens qui continuent à aller travailler, même si c’est un peu particulier, comme je le raconte tout au long de ces pages, et notre couple car nous avons la chance de disposer, pour nous deux, d’une très grande maison avec un jardin clos, dans une petite impasse dans laquelle il n’y a que cinq maisons. Si je compare notre situation à celle de toutes ces familles qui vivent dans les grandes villes, entassées à plusieurs dans des appartements de dimensions modestes, je me dis qu’il serait indécent de nous plaindre du confinement.


Sur les chaînes d’informations, il n’y a rien de bien nouveau sur le front de l’épidémie, si ce n’est l’augmentation constante du nombre de cas et de décès, qui atteint des proportions apocalyptiques en Italie, mais pas encore chez nous.

Cependant on nous annonce que cela ne devrait pas tarder, puisque la courbe d’évolution de la maladie en France est parallèle à celle de l’Italie, avec un retard d’une semaine. Une comparaison est faite par un analyste avec la situation allemande, et, comme d’habitude, elle tourne tellement à l’avantage de l’Allemagne que cela en devient agaçant. Les Allemands ont nettement plus de cas déclarés que nous, car ils disposent de beaucoup plus de tests ; mais ils on nettement moins de morts, peut-être parce que le ratio de lits de réanimation par tête de pipe est supérieur au nôtre, sans parler de celui de l’Italie. Les Allemands disposeraient de trois fois plus de lits de réa par personne que les Italiens. Les Français tiendraient le milieu. Je pense que l’emploi du conditionnel est prudent.


Polémique persistante sur l’essai clinique mené avec la chloroquine, médicament antipaludéen, par le virologue marseillais très médiatique Didier Raoult, vivement décrié (l’essai, pas le virologue, une pointure dans sa discipline, en dépit d’un look de biker inattendu pour un scientifique) par la plupart des scientifiques qui s’expriment à ce sujet.

Réponse intéressante d’un médecin à un téléspectateur posant la question de l’efficacité des masques de fabrication artisanale : ils ont au moins l’intérêt d’empêcher le contact de la main de celui qui le porte avec sa propre bouche. Je n’y avais pas pensé.

M. a réussi à faire les courses alimentaires dans la grande surface du coin, où il n’y a aucune pénurie. Cependant elle a entendu dire qu’il se pourrait que l’on restreigne l’accès aux courses, qu’il ne serait plus possible dorénavant d’aller faire qu’une fois par quinzaine. Je ne vois pas très bien comment il serait possible de contrôler cela. Rétablir les tickets de rationnement ? Nous ne sommes ni sous l’Occupation, ni en Chine, tout de même ! Donc, il ne s’agit probablement que d’une rumeur de plus. À propos de Chine, un drone survole quelques instants notre jardin. Serait-ce la police qui surveille notre quartier, pour vérifier qu’il n’y a pas de gens rassemblés autour d’un barbecue ? Probablement, puisqu’il est interdit aux drones privés de survoler les maisons et jardins des particuliers.


Dans l’après-midi, appel téléphonique de F., notre fils aîné qui vit à Londres depuis une quinzaine d’années. Nous commentons l’interview de Julian Baggini que je lui ai envoyée par mail, et qui l’a beaucoup intéressé. Il me raconte que la situation à Londres est assez étrange : personne à Oxford Street, la rue la plus passante en temps normal (en fait surtout des touristes) ; mais les parcs restent ouverts, et les Londoniens s’y précipitent. Dans le parc le plus proche de son domicile, il est même possible de jouer au tennis. Les Anglais (du moins les Londoniens, car ce n’est pas tout à fait la même chose) font donc un mixte des deux stratégies : moitié immunité collective, moitié confinement de type continental, en faisant appel au légendaire civisme des Anglais pour qu’ils se comportent décemment, avec toute la common decency décrite par Orwell chez les classes populaires, (auxquelles n’appartiennent manifestement pas les Londoniens).

Petite discussion avec M. sur la mentalité anglaise. Comme d’habitude, nous ne sommes pas d’accord sur les Anglais : j’aime la façon dont ils se comportent dans la vie ; M. pas du tout.


En début d’après-midi, de 14 à 16 heures, j’écoute sur France Musique mon émission préférée, Portraits de famille, de Philippe Cassard. L’artiste du jour est le jeune Alfred Brendel, né en 1931, et retiré de la scène musicale depuis plusieurs années. Je ne l’aurais jamais cru capable de jouer Petrouchka de manière aussi sauvage. Pour terminer l’émission, de larges extraits des Dichterliebede Schumann, dans lesquels un Brendel de 30 ans accompagne de manière miraculeuse le baryton autrichien Eberhard Waechter, Don Giovanni de l’enregistrement légendaire de Karajan, entre bien d’autres merveilles.

Je décide ensuite de relire Le Monde d’hier, le chef d’œuvre de Stefan Zweig, dans la version condensée, illustrée et commentée par l’écrivain-médecin Laurent Seksik, spécialiste incontesté du grand écrivain autrichien. Il est notamment l’auteur de la remarquable exo-fiction intitulée Les derniers jours de Stefan Zweig.


Lecture de la 4ème livraison des Carnets de la drôle de guerre. Elle est consacrée à une interview de la philosophe Claire Marin, qui a traversé, du fait de la maladie, de longues périodes d’hospitalisation, forme extrême de confinement. Elle est interrogée par Michel Eltchaninoff.


Question : « Vous qui avez déjà traversé de longs moments de maladie, comment vivez-vous ce confinement ? »

Réponse : « Certaines expériences de maladie et d’hospitalisation m’ont obligée à rester allongée pendant des semaines sur un lit, avec des contacts très restreints. Toutes proportions gardées, le confinement qui nous est imposé est pour moi presque luxueux. Je peux notamment avoir beaucoup de contacts par téléphone ou grâce aux réseaux sociaux. En fait, à travers ce confinement, nous nous mettons tous à partager des vies qui sont très ordinaires. Ce sont celles des personnes handicapées ou des personnes âgées en maison de retraite, confinées au quotidien, avec très peu de visites. »


Question : « L’angoisse est-elle le lot inévitable d’un moment de confinement ? »

Réponse : « Oui, car nous expérimentons un temps suspendu, que nous allons sans doute avoir du mal à habiter. (…) À chaque fois que je me suis retrouvée coincée pour un long séjour à l’hôpital, je me suis dit que j’allais en profiter pour lire et pour écrire. Mais je n’y suis jamais arrivée. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans la disposition spécifique d’une attente. Nous sommes préoccupés. (…) Nous sommes entrés dans un temps long absolument inédit, avec une totale incertitude. Cela va devenir de plus en plus angoissant. Et la question qui se pose est de savoir comment nous allons réagir. »


Question : « Comment se manifeste cette angoisse ? »

Réponse : « C’est une expérience corporelle. On est confiné dans un espace parfois restreint, surtout dans les villes. (…) Tout ce qui reste d’incarné revient en force, devient vital et émouvant. Les voix en font partie, que ce soit à la radio ou dans la cour des voisins. »


Question : « Quels en sont les effets dans la vie affective ? »

Réponse : « On se rend compte de ce qu’il y a de superficiel dans nos vies, et quels sont les liens qui comptent ou qui nous manquent. (…)  Il faut aussi penser aux personnes dépressives ou solitaires, et qui se sentent abandonnées. Cela va être terrible pour elles. »

Question : « Comment décrire la rupture collective que nous sommes en train de vivre ? » 

Réponse : « C’est avant tout, pour le moment, une rupture sociale. Alors qu’on est habitué à avoir un rôle social, on le perd dans le confinement. »


Question : « Peut-on en tirer des effets positifs sur nos vies ? »

Réponse : « Peut-être. On peut se sentir plus détendu par rapport à son rôle social, qui représente parfois un carcan. On le vit de façon plus souple, car le souci de l’autre est prioritaire. On se soucie d’abord de son interlocuteur, et peu importe si c’est un collègue, un patron ou un étudiant. Les relations s’assouplissent et s’humanisent. »


Question : « Croyez-vous à ceux qui disent que nous allons sortir renforcés de cette crise ? » 

Réponse : « Je suis sceptique. La situation de télétravail, par exemple, tellement vantée, est ingérable pour beaucoup d’entre nous. (…) Quant aux soignants, ils étaient déjà épuisés avant le début de la crise. On connaissait l’état de dénuement matériel et humain de nos hôpitaux, il aurait fallu agir beaucoup plus vite. On manquait déjà de lits pour l’épidémie de bronchiolite de cet hiver. Il ne suffit pas d’applaudir à nos fenêtres. C’est maintenant, et non plus tard, qu’il faut libérer massivement de l’argent pour l’hôpital, et non 2 milliards d’euros sur 45 ! »


Dernière question : « Dans quel état allons-nous en sortir, alors ? »

Dernière réponse, que je cite in extenso, car elle me semble essentielle : « La plupart d’entre nous sortirons de cette rupture affaiblis, amoindris, psychiquement et moralement. Certains auront été sacrifiés. Les soignants, qui sont sur la ligne de front, auront vécu des situations terribles qui n’ont rien à voir avec ce que nous vivons. On leur demande en effet de faire des choix qu’ils ne se seraient pas imaginés devoir faire un jour, notamment « prioriser » les malades. Il y a une violence extrême de cette situation, alors même qu’ils sont habitués à la mort et à l’urgence. Leur détresse est et sera énorme. Quant aux autres ? Certains vont tout perdre. »


Je crains fort que ce que prédit Claire Marin ne finisse par arriver.


Soirée télé devant une série policière. C’est le genre que M. préfère. Et comme je ne déteste pas, loin de là, nous n’avons jamais de mal à tomber d’accord sur ce que nous allons regarder.

Puis lecture des livres en cours. Là non plus, aucune pénurie à craindre en ce qui me concerne.

J’espère sincèrement que les libraires indépendants survivront à la crise, et à la concurrence de la vente en ligne, qui explose, semble-t-il, au même rythme que le Covid-19. Je sais déjà que ma libraire sera la première commerçante que j’irai voir quand la vie reprendra son cours normal.


Dimanche 22 mars

Levé à 6 heures un dimanche, un comble. Mais je n’avais plus sommeil.

Il fait nettement moins beau qu’hier, et nous ne déjeunerons pas dehors. Je m’occupe un peu du jardin, en coupant des branches mortes dans la haie. M., d’habitude accro à la salle de gym, fait une demi-heure d’exercices variés. Elle n’arrive pas à m’entraîner dans son sillage. La musculation, cela n’a jamais été mon fort. Je préfère sortir mon sac de golf, et dérouiller mon « swing ». Je travaille mon point faible, les fameuses       « approches », c’est-à-dire les coups à quelques mètres du « green ». La pelouse est assez grande pour que mes balles ne partent pas chez le voisin, à condition de ne pas taper trop fort toutefois.

Je me fixe un objectif : ne pas reprendre, pendant toute cette période, les 5 kilos que j’ai eus tant de mal à perdre ces dernières semaines.


Je prends connaissance de l’entretien accordé aux Carnets de la drôle de guerre par l’anthropologue et historien de la philosophie Frédéric Keck. C’est tellement passionnant qu’il va m’être difficile de couper dans les réponses qu’il apporte aux questions de Catherine Portevin. Essayons quand même.

Question : « Un coronavirus transmis d’une chauve-souris à un pangolin sur un marché de Wuhan, puis aux humains du monde entier : qu’est-ce que cela signifie selon vous ? » 

Réponse : « Nous sommes en train de changer de monde, et l’Europe saisie par le Covid-19 vient de s’en apercevoir. La Chine, et les pays qui sont ce que j’appelle « les sentinelles des pandémies » (Taïwan, Singapour…), l’ont compris depuis longtemps. (…) S’il y a eu trois semaines de perdues en dysfonctionnements politiques entre fin décembre et mi-janvier, les autorités locales du Wuhan ont maîtrisé l’épidémie, ils ont fait tout ce qu’il fallait faire. De notre côté, nous n’avons rien voulu voir : nous regardions les Chinois se faire peur avec des maladies de chauves-souris, et nous sommes à présent désemparés. Nous n’avons ni l’équipement pour y faire face, ni surtout l’imaginaire pour comprendre ce qui nous arrive. Ayant été peu touchés par le Sras – une maladie beaucoup plus létale que le Covid-19 mais qui, s’étant moins répandue, a causé mondialement moins de morts –, nous n’avons pas compris le basculement du monde qu’il a provoqué. (…) La Chine entend s’imposer comme le leader en matière de gestion des catastrophes sanitaires. »

Question : « Quelle est cette différence d’imaginaire qui empêche l’Europe de comprendre ? »

Réponse : « En Europe, la sécurité sociale (au sens large) s’est construite sur la prévention et non sur la préparation. La prévention sanitaire est liée à un État-nation sur un territoire. Ce sont, par exemple, les campagnes de vaccination contre la tuberculose ou la variole. (…) En revanche, la préparation, lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses virales, se fait nécessairement au niveau mondial. Il faut détecter l’émergence du virus très rapidement et contenir la pathologie au niveau du foyer initial. Cette manière de comprendre que des dangers locaux peuvent avoir des répercussions mondiales apparaît dans le domaine médical au cours des années 1990 avec la grippe aviaire. Il s’agit de se préparer à l’événement catastrophique. (…) Et aujourd’hui, je crois que la préparation aux pandémies va construire notre vision du monde. »

Question : « Comment se prépare-t-on ? »

Réponse : « Ma recherche ethnographique a eu lieu à Hongkong, à Singapour et à Taïwan entre 2007 et 2013. Ces trois territoires avaient vécu l’épidémie du Sras en 2003 et ils étaient mobilisés contre un virus de grippe aviaire venant de Chine. La préparation passe par trois opérations principales. D’abord, par des « sentinelles » postées dans des lieux stratégiques. (…) Ensuite, par la simulation des catastrophes, notamment grâce aux techniques numériques. Puis par le stockage de vaccins, d’antiviraux, de masques. Enfin, par la sensibilisation de la population tout entière : il s’agit de se préparer à une catastrophe qui ne connaîtra pas de frontières et affectera tous les humains, et même tous les vivants. »

Question : « En anthropologue, vous reliez la logique de la préparation à l’activité des chasseurs-cueilleurs et la logique de la prévention au monde du pastoralisme. Pourriez-vous expliquer cette distinction ? »

Réponse : « Les virologues sont des « chasseurs » de microbes ou de virus. C’est pourquoi ils s’entendent bien avec les ornithologues, qui pratiquent aussi le pistage. (…) Le virus est un signal d’alerte qui affecte l’animal, et le « chasseur » peut suivre sa transmission des oiseaux aux cochons puis aux humains, ou des chauves-souris aux pangolins puis aux humains (dans le cas du Covid-19). C’est la démarche cynégétique (liée à la chasse). (…) Au contraire, le pouvoir pastoral s’inscrit dans ce que Michel Foucault appelait la biopolitique. Le pasteur maîtrise son troupeau et peut décider quels sont les animaux qu’il faut soigner et ceux qu’il faut abattre ou sacrifier pour protéger le reste du troupeau. C’est le pouvoir de « faire vivre et laisser mourir », disait Foucault. Il est lié au pouvoir souverain de « faire mourir et laisser vivre ». C’est en quelque sorte le parti qu’a pris Boris Johnson au Royaume-Uni, et auquel il est en train de renoncer car c’est une politique intenable (…) Le pouvoir pastoral a permis de construire l’État moderne, qui repose sur la prévention. Ainsi les épidémiologistes, les autorités sanitaires, sont-ils du côté des pasteurs. »

Question : « Mais n’est-on pas obligés d’en passer par le pastoral quand la pandémie est déjà là ? »

Réponse (que je cite intégralement, tant elle me semble essentielle) : « L’espace intermédiaire entre cynégétique et pastoral, entre préparation et prévention, c’est la précaution. Le pastoral qui va jusqu’au bout assume le sacrifice, il assume qu’il y a des gens qui vont mourir, l’important est de maintenir la santé de la population dans son ensemble. Au contraire, Taïwan et Singapour n’ont pas imposé de confinement parce qu’ils ont fait du cynégétique, ils ont très vite traqué le virus, traqué les gens qui avaient été en contact avec les premiers malades, ils n’ont confiné que ceux-là, pas une population entière. Ils évitent le coût économique, politique et social du confinement durable d’une population nationale. Si l’on applique mal, ou trop tard, la technique cynégétique, alors, on ne peut agir qu’en précaution : on maximise le risque, on ferme tout. C’est ce qu’on a fait pendant vingt ans avec les vaches folles et les poulets grippés en abattant tous les cheptels et élevages lorsqu’un seul individu était infecté. Là, c’est nous qui sommes collectivement confinés. »

Question : « Quel est le monde d’après le Covid-19 ? »

Réponse : « En plein cœur de la crise, nous sommes dans un imprévisible – médical, sanitaire, politique, économique… – encore trop grand pour le dire. La seule chose dont je sois sûr à ce stade, c’est que la Chine a une longueur d’avance sur nous. C’est un fait. Il ne s’agit pas de dépendre d’une dictature capable de confiner autoritairement et sans résistance sa population, il s’agit simplement de reconnaître l’expérience chinoise, et plus largement asiatique, de la catastrophe sanitaire. »

J’espère que nos experts sanitaires tiendront compte à l’avenir de cette leçon.


La livraison du jour des Carnets de la drôle de guerre évoque un livre de Georges Pérec, Espèces d’espaces, parfaitement adapté à la situation. Il faudrait que je le lise.

Je reçois des mails d’amis dont j’ai rarement des nouvelles, n’étant présent sur aucun réseau social, par choix idéologique.


À 18 heures, notre fille invite toute la famille à un « apéro virtuel ». Toutes les personnes invitées n’arrivent pas à de connecter. Quant à F., qui vit à Londres, il n’avait pas fait attention à l’heure de décalage, et avait compris que les 18 heures annoncées correspondaient à l’heure anglaise. Il appelle à 19 heures.

Soirée télé devant une bonne série anglaise. Autant M. et moi détestons presque toutes les séries américaines, autant nous adorons les séries britanniques.

J’ai hâte d’être à demain, pour savoir ce qui s’est passé dans notre hôpital sur le front de l’épidémie.


Aquarelle de Jacques-Lithgow Berger

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© Christian Thomsen