Journal du temps de l’épidémie (9)

Mercredi 25 mars, J 9


J’apprends, entre autres nouvelles, que les JO de Tokyo sont reportés en 2021. Cette annonce, qui aurait fait en temps normal l’effet d’une bombe, passe à peu près inaperçue. Ce report était, de toutes façons, inéluctable.

La France a passé le cap des mille morts, et c’est l’hécatombe dans les EHPAD.

C’est en Espagne que la maladie progresse le plus, mais l’Italie garde le leadership mondial de la mortalité.

Les Pays-Bas, ainsi que l’Inde, ont rejoint le Royaume-Uni dans le confinement, ce qui porte à un tiers de la population mondiale le nombre d’individus confinés. En revanche, il semble ne rien se passer en Suède. Ils sont bizarres, ces Suédois.

Le ministre suisse de la Santé vante la discipline de ses concitoyens, qui se confinent sans qu’on ait besoin de les y contraindre, et tacle au passage la « politique spectacle » et l’indiscipline des citoyens d’un pays voisin, qu’il ne nomme pas, mais dont tout le monde comprend bien qu’il s’agit de la France. Je me remémore le mot de Coluche sur la Suisse, « pays tellement propre qu’il n’y a pas de maladies chez eux, seulement des médicaments » (allusion à la puissante industrie pharmaceutique suisse).

Donald Trump espère pouvoir lever bientôt le confinement de sa population, car il tient à garder intacte son économie, la première du monde, ce dont il n’est pas peu fier. Il pense manifestement que cette place de premier de la classe est due à son action personnelle. Rarement, dans un pays démocratique, on n’aura vu un dirigeant autant imbu de sa personne, et aussi ridicule. Il devrait diriger la Corée du Nord, à la place de celui qu’il qualifiait ironiquement de « rocket man ».


Nos chiffres du jour : 14 tests positifs pour 74 personnes testées. Douze patients Covid + hospitalisés. L’étau se resserre sur notre hôpital.

J’ai des courbatures dans la nuque et les épaules, que j’attribue à une pratique intensive de l’ordinateur, depuis que je tiens ce journal. J’ai aussi le nez qui me chatouille, avec des envies d’éternuer. Sans doute mon allergie aux pollens qui débute. Je me rassure comme je peux. Je verrai bien dans les prochains jours si d’autres symptômes apparaissent.


Je voudrais revenir sur l’émission C dans l’air d’hier, sur France 5, animée par l’excellente journaliste qu’est Caroline Roux. Elle était consacrée à la polémique qui fait rage autour du traitement du Covid-19 par la chloroquine, proposé, pour ne pas dire exigé, par le Pr marseillais Didier Raoult. Cette émission, à laquelle participent trois médecins experts et une journaliste médicale plutôt pointue (ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut), met en lumière le fossé d’incompréhension qui existe entre les non-médecins (les profanes, qui posent les questions) et les médecins (les « sachants », qui leur répondent), sur toute cette problématique de recherche clinique en thérapeutique. Il me semble donc opportun que j’entre un peu dans le détail. Et, pour introduire le débat, quoi de mieux qu’une bonne citation ? Celle-ci est de Jean-Bertrand Pontalis (L’Amour des commencements) : « Je tiens pour suspecte une pensée qui, tout en s’en défendant, a réponse à tout et tient à l'écart sa propre incertitude. »


Le Pr Didier Raoult est un personnage atypique dans le monde médical français, ne serait-ce que par son look de baroudeur, assez inhabituel dans ce milieu. Aucun des intervenants de l’émission (deux en plateau, deux en visio-conférence) ne conteste qu’il soit une « pointure », une sommité scientifique de renommée internationale, acquise grâce à des travaux publiés dans des revues scientifiques de très haut niveau (elles sont toutes anglo-saxonnes, et les articles nécessairement rédigés en anglais). Aucun des intervenants ne valide une seule seconde l’hypothèse absurde selon laquelle, si la proposition du Pr Raoult d’utiliser larga manu la chloroquine n’est pas retenue par le conseil scientifique, ce serait par jalousie ou par mépris vis-à-vis d’un collègue au profil inhabituel, marseillais de surcroît, et donc non issu du sérail parisien.

Quelqu’un rappelle fort opportunément que le Pr Montagnon, l’un des médecins français à l’origine de la découverte du VIH, et nobélisé pour cet exploit, s’est ensuite totalement discrédité en proposant de traiter la maladie de Parkinson du Pape Jean-Paul II par du jus de papaye fermenté (la fameuse « papaye papale ») ! Tout cela pour dire que le fait d’être une sommité scientifique de renommée mondiale n’empêche pas de dire des conneries (ce n’est pas l’intervenant qui emploie cette expression un peu rude, que je prends totalement à ma charge). Et, justement, le Pr Raoult a dit une belle connerie au début de la maladie, quand elle ne concernait que la Chine, puisqu’il a prédit (les images sont là pour l’attester), que cette épidémie ne deviendrait jamais un problème sanitaire mondial, car cela ne s’était jamais vu. En clair, « circulez, y a rien à voir ! ». Malheureusement pour lui, on a vu ce qu’il y avait à voir. Il ne faut jamais faire de telles prédictions devant une caméra ; elles vous reviennent souvent à la figure, telles un boomerang médiatique.

Un des intervenants, professeur d’infectiologie, dit une chose essentielle : ce qui le choque dans l’attitude de son illustre collègue, c’est la certitude qu’il a d’avoir raison, certitude qui est la négation même de la rigueur scientifique nécessaire en médecine. Ce qui nous ramène à la citation de J.B. Pontalis.


Voyons les faits, dont on dit souvent qu’ils sont « têtus » : le Pr Raoult clame depuis plusieurs semaines qu’il y a un traitement miracle contre le Covid-19, un très vieux médicament utilisé contre le paludisme, la chloroquine (Nivaquine©), et son dérivé l’hydroxychloroquine (Plaquénil©), utilisé contre le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Les effets in vitro (c’est-à-dire en éprouvette de laboratoire) de ces médicaments contre les virus sont connus depuis longtemps, mais n’ont jamais fait la preuve de leur transposition in vivo, c’est-à-dire sur des patients. Le Pr Raoult, à l’instigation de trois médecins chinois qui ont essayé ce traitement, sans avoir toutefois publié leurs résultats, a mis en route une étude sur un très petit nombre de patients (24), qui montrerait une diminution rapide de la charge virale chez les patients soumis à ce traitement. Son étude a été publiée dans une revue de faible notoriété, alors que celle de son auteur lui donnerait l’accès aux revues les plus prestigieuses, pour peu que l’étude soit de qualité scientifique irréprochable. Et, précisément, les intervenants jugent unanimement que cette étude n’a pas la rigueur scientifique attendue en la matière. L’un d’eux rappelle que les patients les plus graves n’ont en général plus de virus circulant dans leur organisme (leur charge virale est devenue nulle), au moment où ils sont en réanimation, sous ventilation artificielle. Les lésions pulmonaires mortelles seraient d’ordre inflammatoire, et non pas provoquées directement par le virus, auquel cas le traitement pourrait bien ne servir à rien chez ces patients, du moins à ce stade.

Il est donc essentiel de mettre sur pied, et le plus vite possible, un véritable essai thérapeutique contrôlé multicentrique, de préférence international, avec, dans chacun des bras de l’essai, une molécule prometteuse (et il en existe d’autres que la chloroquine). Un tel essai pourrait donner très vite la réponse que tout le monde attend : oui (ou non, malheureusement), il existe un traitement efficace contre le Covid-19. Sans cet essai indispensable, la communauté scientifique n’aura jamais la réponse à cette question fondamentale.


Or que fait le Pr Raoult : il clame haut et fort qu’il connaît un traitement miracle, et il se demande pourquoi on ne l’utilise pas massivement et tout de suite, d’autant que ce médicament est facile à produire. Il se garde bien de dire qu’il existe de nombreux effets secondaires de ce traitement, dont certains peuvent être mortels. Le Dr Hamon, président de la Fédération des Médecins de France intervient pour dire qu’il a pris le traitement au début de sa maladie (il a été assez récemment contaminé), et qu’il l’a arrêté au bout de 3 jours à cause des nausées qu’il provoquait.

Suite à ses déclarations fracassantes, les marseillais se sont rués en masse dans les pharmacies, ce qui a entraîné très rapidement une pénurie de Plaquénil©, dont ont pâti les patients qui doivent prendre régulièrement ce traitement.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, contaminé par le Covid-19, et qui a pris lui-même le médicament, relayé par le Président de la région PACA, Renaud Muselier, qui connaît personnellement Didier Raoult, se demandent ce que les décideurs attendent pour mettre en route un traitement de masse de la population française. L’affaire est même arrivée jusqu’aux oreilles de l’inénarrable Donald Trump, autoproclamé expert mondial de la lutte contre le Covid-19, qui annonce triomphalement qu’il va mettre à la disposition de tous les Américains la fameuse « chloroqueen » (je l’écris tel qu’il le prononce).


Ce que les experts déplorent, c’est le risque qu’il ne soit plus possible de réaliser l’étude en question, à cause de l’attitude irresponsable, scientifiquement parlant, du Pr Raoult. En effet, qui accepterait dorénavant d’entrer dans une étude randomisée (et ce consentement est indispensable), si l’on croit savoir à l’avance qu’un des traitements est supérieur aux autres ? Et l’un des intervenants de conclure en disant que tous les scientifiques seraient heureux d’apprendre, de manière rigoureusement scientifique, que le Pr Raoult a, depuis le début, raison sur la chloroquine. Et, si ce devait être le cas, il mériterait amplement le prix Nobel. Mais qu’il laisse la communauté scientifique prouver (c’est le mot-clé) qu’il a raison, s’il n’est pas en capacité de le faire lui-même. Il n’y a dans toute cette affaire aucune place pour les égos des uns et des autres, bien que celui du Pr Raoult semble particulièrement hypertrophié.

Les questions des internautes, que relaie Caroline Roux, montrent que les gens qui les posent ne comprennent pas du tout pourquoi, au vu de la gravité de la situation sanitaire, on ne pourrait pas s’affranchir, à titre exceptionnel, des règles scientifiques valides en temps normal. Les experts répondent que ces règles sont incontournables si l’on veut avoir une réponse indiscutable, mais que l’on peut parfaitement accélérer tous les processus mis en œuvre, et c’est ce qui est fait. Exemple : la mise au point d’un vaccin nécessite souvent des années ; or, pour le Covid-19, le vaccin est attendu pour l’année prochaine, ce qui est très rapide, même si ce délai peut sembler être une éternité. Quant à l’essai thérapeutique qui vient d’être initié, il va aller beaucoup vite qu’en temps normal, et ses résultats sont attendus très rapidement.


Ce débat illustre à merveille l’antagonisme décrit autrefois par Max Weber entre   « l’éthique de conviction », représentée par l’attitude du Pr Raoult, et « l’éthique de responsabilité », qui est celle de la communauté scientifique, adepte de la médecine factuelle actuelle, la médecine fondée sur la preuve, l’evidence based medicine des Anglo-Saxons, celle qui aurait dû guider un scientifique du calibre du Pr Raoult. Des faits prouvés, et pas des opinions érigées en certitudes. Nobody’s perfect ! pas même le Pr Raoult.

On apprend en passant que ce dernier, dont il est peut-être temps que j’arrête de parler, a claqué la porte du conseil scientifique qui informe et guide le gouvernement, au point que certains vont jusqu’à dire que c’est ce conseil scientifique qui prend les décisions politiques, et non plus les politiciens, Macron en tête (c’était le sentiment exprimé par Marcel Gauchet dans la première livraison des Cahiers de la drôle de guerre). Cette hypothèse va pouvoir rapidement se vérifier, puisque le conseil scientifique préconise de prolonger le confinement jusqu’à fin avril. Nous verrons rapidement si le gouvernement valide ou pas cette proposition difficile à accepter par la population, déjà lassée par dix jours de confinement.


Dans Les Cahiers de la drôle de guerre, Alexandre Lacroix pose la même question à deux intellectuels écologistes d’avis opposé, Agnès Sinaï et Vincent Mignerot. La question est toute simple : le Covid-19 sera-t-il l’occasion d’un tournant écologique ?  La première apporte une réponse positive, le second négative.


Commençons donc par Agnès Sinaï, « collapsologue », autrement dit adepte convaincue de la décroissance. Elle nous explique qu’il « nous faut entrer dans la grande décélération », la crise sanitaire actuelle nous prouvant que c’est tout-à-fait possible, non par fatalité, mais par choix politique. Elle prône, par exemple, rien moins que la suppression pure et simple des voyages aériens. Par ailleurs, le déblocage de 1050 milliards d’euros par l’Union européenne montre que les critères d’austérité imposés par Bruxelles aux états membres dépendent des priorités que l’on se fixe, et, manifestement, celles-ci ont changé avec ce virus. Elle rapproche l’urgence sanitaire actuelle de l’urgence écologique, dont les humains ont du mal à prendre toute la mesure, car c’est un phénomène si grand qu’il excède nos capacités de perception et de représentation (un « événement supraliminaire », dans la terminologie du philosophe allemand Günther Anders). Selon elle « il est temps de comprendre que la paix sociale peut reposer sur d’autres valeurs que la consommation de masse (…) Cela n’a rien d’une utopie, c’est une question de choix politique. ».

Son contradicteur Vincent Mignerot est plus difficile à situer intellectuellement. Préoccupé par l’écologie, il se démarque cependant des collapsologues. Ses réponses peuvent surprendre par leur tonalité discordante avec le discours écolo habituel. Jugez-en : « Souvent, les récits écologiques se sont façonnés autour de l’idée d’une nature bienveillante, généreuse, immuable, parfois même considérée comme sacrée, avec laquelle il serait préconisé de se “reconnecter” afin de retrouver son « identité profonde » et son « équilibre intérieur ». Après la pandémie, il est possible que nous assistions à un changement culturel profond, mais aux antipodes de ce qui serait souhaitable pour la protection du milieu. Une humanité qui aura cru en la bonté de la nature se sera sentie trahie et pourra inconsciemment envisager de se venger d’elle, en l’asservissant plus encore.  Tel est du moins ce que nous enseigne l’anthropologie : le rapport des êtres humains à leur milieu est fondamentalement défiant. » Il poursuit sa démonstration en expliquant que le Covid-19 représente pour l’humanité un danger extérieur, contre lequel il est possible de se fédérer et de mobiliser des moyens considérables. Le réchauffement climatique est, à l’inverse, un danger interne. Pour lutter contre lui, il faudrait que « la civilisation industrielle se mobilise contre elle-même », et que « nos dirigeants décident de financer la baisse de performance de nos économies », ce qui lui semble « irréaliste et contradictoire ». Il avance ensuite un autre argument, que les collapsologues et les décroissants ne veulent pas voir. Selon Mignerot « il n’est pas possible aujourd’hui de changer de modèle en assurant une continuité au confort des classes populaires. » Celles-ci seraient les premières victimes d’une décroissance, qui accentuerait les inégalités. De plus, le premier pays qui quitterait la compétition économique mondiale serait immédiatement vassalisé par les autres, la Chine en tête, qui rêve de mettre l’économie européenne à genoux (rêve semble-t-il partagé par Donald Trump).

Sa conclusion n’est guère optimiste : « Pour ces différentes raisons, anthropologiques, structurelles, économiques et géostratégiques, je ne vois aucune transition écologique à l’issue de la crise actuelle. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle : l’effondrement de nos civilisations sera lent, mais inéluctable. »

La réponse d’Agnès Sinaï, pour intéressante qu’elle soit, me paraît être de nature plus incantatoire que démonstrative, contrairement à celle de Vincent Mignerot, mieux argumentée. Mais elle débouche sur un pessimisme absolu glaçant.


L’émission quotidienne C dans l’air est consacrée à l’aspect économique de la crise sanitaire. Un reportage montre le cow-boy décoloré en costume bleu, chemise blanche et cravate rouge (il ne lui manque que les 50 étoiles du drapeau américain, qui figurent peut-être sur son slip…) qui occupe, à la suite d’un malentendu, le fauteuil de président des États-Unis, dire au journaliste qui l’interroge, manifestement à moins d’un mètre de distance, que ce serait formidable que les églises soient pleines pour Pâques. Or cette fête religieuse, qui semble particulièrement importante pour lui, est inscrite au calendrier dans une quinzaine de jours. Bel optimisme ! Une fois l’interview terminée, Donald Trump tente de serrer la main de son interlocuteur, dont la réaction montre clairement qu’il ne faut plus le faire. Le journaliste lui propose un « check » avec le coude.

Michel Cymes, médecin ORL hospitalier à temps partiel (l’essentiel de son temps se passe dans les médias, ce que beaucoup de médecins lui reprochent, à tort selon moi), a son rond de serviette sur le plateau de l’émission quotidienne C à vous. Il y explique que ses collègues du CHU parisien dans lequel il travaille et lui-même ont été sollicités, sur la base du volontariat, pour aider le personnel soignant. Il a accepté, et peut donc être appelé à tout moment par sa direction pour faire l’infirmier. Je dis à M. que j’en ferais volontiers autant, à condition d’avoir une petite formation express. Il y a des lustres que je n’ai pas posé une perfusion, et il faudrait qu’une infirmière me montre comment cela se fait en pratique.


Le soir, M. et moi écoutons l’allocution présidentielle. Emmanuel Macron est en visite à l’hôpital de campagne installé par l’armée à Mulhouse. Il porte un maque FFP2. L’essentiel de son intervention se passe en remerciements divers et variés, et en exhortations à l’unité de la nation, qu’il sent de plus en plus divisée.

Il annonce, pour après la crise, des moyens sans précédent pour l’hôpital public, qui les réclame depuis très longtemps. N’oublions pas que, lorsque l’épidémie a commencé, la plupart des services d’Urgences étaient en grève pour obtenir plus de moyens. La grève à l’hôpital est certes théorique, puisqu’il ne saurait être question de ne pas s’occuper des patients sous prétexte de grève, mais elle ne doit pas pour autant être prise à la légère. Serait-ce enfin la fin programmée de l’exigence de rentabilité à l’hôpital induite par la tarification à l’activité, la fameuse T2A ? Nous l’espérons tous.

Le président annonce également un plan appelé « résilience », organisé par les militaires pour venir en aide aux civils. Pour l’instant, je ne vois pas très bien en quoi cela va consister. S’il ne dit rien de la prolongation de la période de confinement, il annonce des décisions prises par ordonnance quant à la durée maximale de travail, qui passe de 48 à 60 heures par semaine. On s’attend à des grincements de dents de la part des syndicalistes.


Et puis, la routine du confinement : série télé, lecture, musique…


Aquarelle de Jacques-Lithgow Berger

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© Christian Thomsen