L’hubris des frères Bogdanoff

Dernière mise à jour : 14 janv.

Nous venons d’apprendre la mort, à 6 jours d’intervalle, des célèbres jumeaux Bogdanoff. C’est Grishka qui est parti le premier, le 28 décembre, suivi par Igor, le 3 janvier. Comme nul ne l’ignore ils sont morts de la Covid parce qu’il n’avaient pas voulu se faire vacciner, pour avoir notamment trop écouté le tristement célèbre Pr Didier Raoult. Leur ami le philosophe Luc Ferry explique à qui veut l’entendre qu’ils n’appartenaient pas à la mouvance antivax (dont le Pr Raoult est une des idoles), mais qu’ils pensaient sincèrement que leur excellent état de santé les mettrait à l’abri de faire une forme grave s’ils se contaminaient. Peut-être pensaient-ils même qu’ils échapperaient miraculeusement à la contamination. Ils avaient seulement oublié que, malgré leur aspect physique étrangement juvénile, la pratique régulière d’activités sportives et une hygiène alimentaire impeccable, ils avaient tout de même 72 ans, et un système immunitaire de sujets de cet âge somme toute respectable. J’ai donc tendance à penser que ce qui les a tués, c’est autant le coronavirus que l’hubris, mot du vocabulaire grec ancien ( ὕϐρις / húbris) que l’on peut traduire soit par démesure, soit par orgueil.

C’est en effet une grande marque d’orgueil que de se croire à l’abri de la maladie, quelques soient les moyens que l’on se donne pour vivre sainement. J’ai eu à soigner dans ma carrière chirurgicale quelques patients qui ne comprenaient vraiment pas comment le cancer avait pu les atteindre, tout comme un non-fumeur se pense à l’abri du cancer du poumon, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

Cette hubris (que l’on peut aussi écrire ubris) était le pire des défauts dans la culture de la Grèce antique, car elle provoquait immanquablement la colère des dieux. C’est elle, par exemple, qui avait poussé Icare à trop s’approcher du soleil, provoquant la fonte de la cire qui collait ses ailes artificielles.

Luc Ferry nous précise aussi que l’aspect étrange de leur faciès était dû à des injections de botox. Voilà donc un grand mystère éclairci, pour autant que cette explication, recueillie de la bouche même des jumeaux, soit véridique. J’ai tendance à penser que c’est le cas, les explications les plus plausibles étant souvent les bonnes. Ils auraient tout simplement abusé de la médecine esthétique, démontrant par là-même que l’esthétique est vraiment une affaire de goût personnel. Pour ma part leur visage avait tendance à m’horrifier.


Puisque ce petit billet m’a amené à utiliser un mot grec, j’en profite pour donner mon avis sur la prononciation d’omicron, le dernier en date des variants préoccupants du Sars-Cov-2. J’ai cru comprendre que d’aucuns pensaient que la prononciation « omicronn’ » était d’origine anglo-saxonne, puisque c’est en Afrique du Sud, puis au Royaume-Uni, que ce variant a émergé. Par esprit de résistance à la langue anglaise, de nombreux commentateurs français ont adopté « omicron », comme ils disent Macron.

La réalité me semble beaucoup plus triviale. Omicron (O en capitale, o en minuscule, όμικρον en grec), comme epsilon (E en capitale, ε en minuscule, έψιλον en grec) ou encore upsilon (Y en capitale, u en minuscule, ύψιλον en grec) est une lettre (la quinzième) de l’alphabet grec. Il n’est pas nécessaire d’avoir appris le grec ancien à l’école, comme j’ai eu le bonheur de le faire de la 4ème à la terminale, pour savoir qu’epsilon se prononce « epsilonn’». Eh bien, c’est tout simplement la même chose pour omicron. Pour moi, c’est donc « omicronn’», sans la moindre hésitation.

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