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© Christian Thomsen

Qui était Ruwen Ogien ?

Mis à jour : janv 18

Ruwen Ogien est un philosophe français spécialiste de philosophie morale, se réclamant de la philosophie analytique anglo-saxonne, peu fréquentée en France.

Il naît « avant 1949 » (il n’a jamais dévoilé sa véritable date de naissance), au sein d’une famille juive polonaise rescapée de la Shoah, et arrive en France peu de temps après sa naissance. Il meurt le 4 mai 2017 d’un cancer du pancréas. Il raconte son expérience de la maladie dans un livre bouleversant, Mes mille et une nuits (entre drame et comédie), livre qui paraît peu de temps avant qu’il n’entre en phase finale de sa maladie.


Sa philosophie peut se résumer au concept qu’il a développé, celui de « l’éthique minimale ». Cette éthique minimale comportait initialement les trois principes suivants :

  • Considération égale pour chacun 

  • Neutralité à l’égard des conceptions du juste et du bien personnel 

  • Intervention limitée aux cas de torts flagrants causés à autrui.

En définitive, il a réduit ces trois principes à un seul, exprimé de la façon suivante :     « Ne pas nuire aux autres, rien de plus ». Ne pas nuire aux autres, c’est exactement ce que veut dire l’expression latine « primum non nocere », que tous les étudiants en médecine ont appris sur les bancs de la fac, et qu’ils ont parfois oubliée une fois devenus médecins, surtout s’ils ne souscrivent pas au « rien de plus ».

Cette position exclut les devoirs moraux envers soi-même (pour notre auteur, il n’en existe aucun, ce qui autorise une liberté individuelle totale, notamment en matière sexuelle ou de consommation de stupéfiants, ou encore de suicide), et les devoirs moraux positifs envers les autres, qualifiés de paternalistes (la fameuse « police morale », expression reprise de John Stuart Mill). Seul reste le devoir moral négatif de ne pas nuire aux autres.


Directeur de recherches au CNRS, il est l’auteur d’une œuvre abondante en sociologie et en philosophie, au sein de laquelle on peut citer : La philosophie morale (PUF 2004); La panique morale (Grasset 2004) ; La sexualité (PUF 2005) ; L’éthique aujourd’hui : maximalistes et minimalistes (Gallimard 2007) ; La vie, la mort, l’état : le débat bioéthique (Grasset 2009) ; L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres expériences de philosophie morale expérimentale (Grasset 2011), surprenant succès de librairie ; L’état nous rend-il meilleurs ? Gallimard 2013) ; Philosopher ou faire l’amour (Grasset 2014) ; Mon dîner chez les cannibales (Grasset 2016) ; Mes mille et une nuits

(Grasset 2017), déjà cité.

C’est la lecture de ce dernier livre qui est à l’origine de ma nouvelle médicale,              Le patient de la chambre 21.


Dr C. Thomsen, septembre 2019