Georges Duhamel

Mis à jour : janv. 18

Un peu oublié de nos jours, Georges Duhamel (1884 – 1966) est probablement l’écrivain qui illustre le mieux ce que peut être la cohabitation, chez un même individu, d’un médecin (qu’il fut notamment pendant les deux guerres mondiales) et d’un écrivain, couvert de récompenses (le prix Goncourt) et d’honneurs (L’Académie de médecine mais surtout l’Académie française, dont il fut le secrétaire perpétuel). Pendant les deux guerres mondiales il exerça la chirurgie alors qu’il avait été réformé. Il le fit au front, dans des conditions très périlleuses, pendant la Grande Guerre, et à l’arrière (à l’hôpital Ponchaillou de Rennes) pendant la Seconde Guerre mondiale. De l’expérience humaine tirée de la première sont nés deux romans, Vie des martyrs (1917) et Civilisation, témoignage sur les ravages de la guerre qui lui vaudra (sous pseudonyme) le Goncourt en 1918, un an avant que Proust ne l’obtienne pour le deuxième tome de la Recherche. Pendant l’Occupation, il mena à la tête de l’Académie française, en tant que secrétaire perpétuel à titre provisoire, une action de résistance à la fraction Action française des académiciens, action qui fut saluée par le Général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre. En 1944 il fut élu secrétaire perpétuel de l’Académie à titre définitif. Il fit également rayonner la culture française dans le monde comme président de l’Alliance française.


Georges Duhamel en chirurgien

Au sein de son abondante œuvre littéraire, j’aimerais citer la Chronique des Pasquier (dix volumes publiés entre 1933 et 1945), vaste saga familiale comparable aux Thibaud de Roger Martin du Gard, deux épopées que j’ai lues avec délices dans ma jeunesse. Les dix volumes de la Chroniqueracontent l’histoire de Raymond Pasquier et de son clan, de 1889 à 1931. Le patriarche, Raymond, entreprend sur le tard des études de médecine pour sortir de ses difficultés financières et améliorer sa position sociale. Ses trois fils vont avoir de très belles trajectoires professionnelles, très différentes les unes des autres, Laurent dans la médecine comme son père, Joseph dans la finance et la politique, Ferdinand dans l’administration. Ses deux filles vont briller dans les arts, le piano pour Cécile, le théâtre pour Suzanne. Le personnage principal, également narrateur, est Laurent, qui finira sa carrière doté d’une chaire de biologie au Collège de France. En somme, cette famille reflète assez bien les talents multiples que possédait Georges Duhamel et son parcours : la médecine, la musique, les honneurs. Retrouverais-je le plaisir de cette lecture de jeunesse si je me plongeais de nouveau dans cette Chronique ? Il faudrait que je tente l’expérience…


On dirait l'autoportrait d'Arnold Schönberg !

Duhamel a également publié avec Henri Mondor Entretien au bord du fleuve (1947), et une Esquisse pour un portrait du chirurgien moderne (1938) qu’il serait intéressant de (re)lire de nos jours pour comprendre ce qui a changé dans ce beau métier qui est le mien depuis cette époque lointaine, et, surtout, ce qui est resté invariant.

Dans un essai de 1962 intitulé Problèmes de civilisation, Georges Duhamel annonçait les risques que le bruit faisait courir à « l’activité intellectuelle d’un peuple hautement civilisé, mais que les débauches de la technique et de l’industrie pourraient faire retomber dans l’ignorance et la grossièreté ». Cette prédiction, qui est en train de se réaliser, est citée par Jean-Michel Delacomptée dans son Petit éloge des amoureux du silence.

Mélomane passionné et musicien pratiquant, il a inculqué l’amour de la musique à ses trois fils, dont l’un, Antoine, deviendra un compositeur reconnu (la musique de Pierrot le Fou est sortie de sa plume). Ses deux autres fils deviendront médecins comme leur père, l’un spécialiste en chirurgie pédiatrique, l’autre en proctologie infantile. L’opération de Duhamel est toujours d’actualité dans le traitement du mégacôlon congénital de l’enfant.


Dr Christian Thomsen, octobre 2019

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